Les origines de la MTT

(Cet article reprend très largement les données et recherches de l’ouvrage de Pierre Ricono, « la médecine traditionnelle tibétaine », éditions Michel Grancher)

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La médecine tibétaine est une voie de santé fondamentale holistique et globale qui intègre aussi bien les rythmes cosmiques, biologiques que transpersonnels du patient. Elle privilégie la prévention de l’équilibre et de l’harmonie, gages de bonne santé, par des actions de responsabilisation du consultant, partant du principe que tout individu est le gardien de son bien-être. Lorsqu’un déséquilibre se présente, le médecin tibétain s’attache en tout premier lieu à remonter jusqu’aux sources de la maladie, toujours situées au niveau de l’esprit. La médecine tibétaine nous incite à approfondir pour remonter à l’origine de nos troubles de santé, d’analyser nos erreurs (alimentation toxique, comportements négatifs) et à modifier les facteurs qui agissent sur notre esprit et nous éloignent de l’équilibre. Elle nous oblige à nous responsabiliser au premier chef car elle nous renseigne sur notre constitution de base.

Il n’est pas aisé de définir avec exactitude quand et comment cette médecine en tant que discipline formalisée a été pratiquée la toute première fois dans les Himalayas. Elle tire ses origines des médecines ayurvédiques, chinoises, et unani, et s’inscrit sur un solide socle traditionnel chamanique intégré dans les pratiques du bouddhisme arrivé au Tibet au VII° siècle de notre ère.

La situation géo-politique unique des hauts plateaux tibétains qui permettaient d’assurer la circulation des biens et personnes sur des routes marchandes protégées telles que la route de la soie, ont permis à des cultures très variées de se rencontrer et d’échanger leurs savoirs. Dès le VIII° siècle, sous l’égide de souverains éclairés, des colloques de médecine regroupant des savants et chercheurs de toute l’Asie ont été organisés au Tibet et ont permis de poser les bases de ce qui deviendrait plus tard le corpus de la Médecine Traditionnelle Tibétaine appelé Gyud-Shi, ou les quatres tantras de médecine. Nous en développerons le contenu dans un prochain article.

 

Le socle chamanique Bön

Dans toutes les traditions, le tout premier médecin était un sage, un homme éclairé qui savait observer la nature et respectait ses lois. Une sensibilité aiguisée lui permettait de nourrir des qualités de clairvoyance, de compréhension subtile des conditions qui régissent l’univers et certainement, de nourrir une compassion permettant d’aider et accompagner ses contemporains dans les afflictions de la vie telles que la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Qu’ils soient druides, sorciers, chamans ou prêtres, leurs fonctions avaient toujours été les mêmes et la frontière entre médecine du corps et de l’âme n’avait, jusqu’à notre période moderne, jamais été nettement tracée.

La tradition spirituelle qui prévalait dans les himalayas avant l’arrivée du Bouddhisme s’appelait Bön (prononcée Beune). Ses adeptes avaient une conception animiste des phénomènes naturels (le monde matériel est une manifestation de l’esprit). Par des injonctions, des rites, des incantations, ils cherchaient à préserver un lien paisible et harmonieux avec leur environnement et avec leurs semblables. Le Chaman, prêtre médecin, détenteur d’une connaissance expérientielle sur la Nature de l’Esprit qui sous-tend tous les phénomènes était à la fois devin et exorciste. C’est dans l’ancien royaume de Shang Shung (civilisation vieille de 3900 ans), situé autour du Mont Kailash et du lac Manasarovar que sont nés l’ensemble des pratiques chamaniques encore vivantes aujourd’hui dans les himalayas, dans les plaines d’Asie centrale et en Sibérie. Les chamans Bön développèrent des moyens de guérisons et de protection contre les calamités et les désordres de la nature. Ils établirent des rituels favorables aux esprits des ancêtres et aux esprits malfaisants. Ils codifièrent leurs pratiques devenues par la suite un système médical à part entière appelé Bhumshi. Jusqu’à l’arrivée du bouddhisme au VII° siècle, les chamans furent les seuls thérapeutes à utiliser les plantes médicinales combinées aux rites magiques. Un des noms les plus anciens du Tibet était Men Jong, pays de la médecine, où existait un palais des plantes médicinales dans la vallée du YaLung.

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La médecine tibétaine et l’Ayurvéda

Tous les principes fondamentaux qui constituent l’actuelle médecine tibétaine sont issus du système médical traditionnel indien : L’Ayurvéda (d’Ayur = vie et Véda = connaissance). Dans un premier temps, cette médecine s’attache à maintenir ou à retrouver la santé physique et mentale de l’homme afin qu’il sauvegarde son bonheur. Dans un second temps, elle sert de guide pour atteindre la suprême vérité et la libération du cycle des renaissances par la compréhension expérientielle des lois d’harmonie universelle.

L’Ayurvéda est une science sacrée reçue à l’origine par le dieu Brahmâ. Selon la mythologie hindoue, au début de notre actuel cycle temporel regroupant quatre divisions (yugas), les humains vivaient absorbés dans des états profonds de méditation, de la lumière émanait de leur corps et ils n’avaient nul besoin de s’alimenter. Mais un jour, un homme plus curieux que les autres ramassa un fragment d’une sorte de bitume naturel sur le sol et le goûta et il tomba malade. Ainsi, l’indigestion fût la première maladie qui annonçait la fin de l’âge d’or durant lequel les êtres humains vivaient des éons (très longues périodes de temps), ne nécessitaient aucune nourriture matérielle et n’étaient jamais malades. Ils vivaient en Samadhi (état de béatitude). Le Dieu Brahmâ, informé de la maladie qui frappait cet homme, ressentit de la compassion et voulut l’en guérir. Il prescrivit de l’eau bouillit et le malade fut sur pied, soulagé, guéri. C’est à partir de ce jour-là que naquit la médecine de notre cycle.

A l’époque védique, c’est-à-dire au milieu du second millénaire avant J.-C., l’Ayurvéda devint petit à petit une tradition médicale. Le Rig Veda, texte indien le plus ancien datant de 1500 ans avant J.-C., répertorie plusieurs maladies ainsi que leurs remèdes. Il relate aussi un long texte relatif aux plantes médicinales. Les trois quarts des plantes médicinales utilisées aujourd’hui en médecine traditionnelle tibétaine proviennent de l’Ayurvéda. L’Atharva Veda, véritable Veda médical constitué de prières et hymnes médicaux est la source la plus ancienne de descriptions thérapeutiques qui nous soit connue (datant de 1400 ans avant notre ère). Il indique qu’il existe deux catégories de soignants : l’atharvan ou prêtre médecin de haut rang appartenant à la caste des brahmanes et le bhishaj, l’herboriste qui prescrit des remèdes et réduit les fractures.

Le leg fait par l’Ayurvéda à la Médecine Traditionnelle Tibétaine est énorme : la théorie des cinq éléments qui est à la base des trois terrains humoraux fondamentaux, les sept constituants du corps, l’importance du feu digestif dans le processus de métabolisation sans compter la posture éthique du praticien qui se doit d’être un être complet, doté d’une compréhension profonde de la nature de l’esprit.

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Le leg de la médecine chinoise à la médecine traditionnelle tibétaine

L’arrivée de la médecine chinoise au Tibet date du VI° siècle et fit son apparition pour la première fois à l’occasion de la venue de la princesse chinoise Wengshen Kongjo, épouse du roi Songtsan Gampo, qui apporta de son pays divers médicaments et préparations pour sa santé.

Pendant le règne du roi Mei Agshom, au VII° siècle, le manuel chinois Somaraja (« Roi de la Lune ») fût traduit en tibétain en cent quinze chapitres. Les professeurs de médecine tibétaine prélevèrent certains passages inhérents aux pratiques de moxibustion, de pulsologie et sur des données anatomiques.

Au VIII° siècle, le roi Trisong Deutsan invita trois chirurgiens chinois à sa cours parmi d’autres praticiens étrangers pour travailler sur un ouvrage propre aux techniques chirurgicales.

Si les emprunts de la médecine traditionnelle tibétaine à la médecine chinoise sont surtout d’ordre technique et pratique (moxibustion, ventouses, saignées, chirurgie, prise de pouls), les concepts de médecine tibétaine sont différents quant au fonctionnement des organes et leurs relations énergétiques. Ils n’avancent aucune théorie sur les méridiens et ne s’appuient sur aucune dualité entre le yin et le yang.

 

Les apports de la médecine gréco-arabe, dite Unani, à la Médecine Traditionnelle Tibétaine

Il existe de troublantes similitudes entre les doctrines médicales de la Grèce antique et celles de l’Inde classique. Les deux doctrines reposent sur la théorie de l’équilibre des éléments qui définissent les quatre humeurs agissant au sein d’un organisme vivant : le sang, le flegme, la bile jaune et la bile noire, et la notion de pathologie (ou déséquilibre des humeurs). La lecture du pouls, si importante chez les grecs depuis Praxagoras (340 avant J.-C.), est encore aujourd’hui un des outils essentiels du médecin tibétain pour établir son diagnostic.

Cette médecine, connue sous le vocable Unani tibbia, venue de Perse à l’époque islamique qui a hérité de la conception humorale de l’ancienne Grèce, fût baptisée au Tibet « système médical du haut » et fit son entrée dans l’histoire de la médecine tibétaine au VII° siècle par Galien (Galeno) de Perse, invité par le roi tibétain Songtsan Gampo. Galeno traduisit le texte médical grec « Coke paon et perroquet » et l’offrit au roi. Il fut surnommé le prince des praticiens et devint le médecin attitré de la cour du roi. Ses descendants conservèrent la tradition et la diffusèrent dans la partie centrale du Tibet.

Plus tard, le roi Trisong Detsen invita le fameux chirurgien Biji Tsampashila qui, à son tour, traduisit plusieurs ouvrages appelés aujourd’hui traités des rois. Il rédigea son savoir chirurgical et médical en vingt-sept chapitres. Avant de repartir à Rome, il écrivit deux autres ouvrages dont un sur l’anatomie. Un autre praticien grec, Halashanti, invité par le roi Trisong Deutsan (742-798), participa à la première conférence de médecine qui se déroula lors de son règne. Il traduisit des textes au sujet du traitement des blessures, des vaisseaux sanguins, du flegme noir (trouble graves dus à une combinaison de plusieurs humeurs, en général les trois), des intoxications, ainsi que des travaux sur l’anatomie.

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Les apports du bouddhisme à la Médecine Traditionnelle Tibétaine

Les enseignements du Bouddha Shakyammuni, qui reposent sur l’étude du Dharma, et particulièrement l’un de ses premiers enseignements, dit des quatre nobles vérités (l’identification de la souffrance : la maladie ; la cause de la souffrance ou de la maladie ; la cessation de la souffrance : le remède ; la voie qui conduit à la cessation de la souffrance : la guérison) appartiennent à la catégorie des médecines de l’âme, de l’esprit. Cette comparaison entre l’essence des quatre nobles vérités et l’existence de quatre assertions de la médecine révèle les liens étroits entre le bouddhisme et la médecine tibétaine.

Pour en savoir plus sur ce sujet passionnant, je vous invite à la

 

Conférence-débat

le vendredi 20 avril de 18 h 30 à 21 h 00

à Menton

« Les origines de la Médecine Traditionnelle Tibétaine,

doctrine médicale holistique, globale et écologique

adaptée aux maux de notre temps ».

Entrée libre

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